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Sud - Vie associative - Raid multisport

Le drapeau de la FSPN – Ligue Sud – AS CRS 60 flotte en Arctique !

Publié le 16 septembre 2026

Cyril BOYER-JOLY, Major de Police, licencié à l’Association Sportive de la CRS 60, a participé à une épreuve sportivo-culturelle en Arctique sous les couleurs de la FSPN et de l’AS CRS 60 !

 

Ci-dessous son témoignage marquant d’une épreuve à jamais gravée en lui !

 15 jours au Svalbard : mon expédition au cœur de l’Arctique

Le 3 juillet 2026, mes pieds touchent le tarmac de Longyearbyen (78°N, 15°E), l’aéroport le plus septentrional du monde. Immédiatement, l’air glacé m’agrippe les poumons. Le silence, lui, m’enveloppe comme une seconde peau. Pendant quinze jours, j’ai navigué, marché, guetté, survécu — dans un monde où l’homme n’est jamais qu’un invité toléré. Voici le récit de cette traversée, entre défis humains et sortilèges polaires.

Premier contact

9 heures. L’aéroport de Longyearbyen crache ses derniers passagers dans le froid. Pas de temps à perdre : direction le port, où m’attend notre guide. Je repère aussitôt notre bateau — une coque à taille humaine, une dizaine d’aventuriers, quatre membres d’équipage — prête à nous glisser à travers les fjords. Bagages déposés, appareil photo en bandoulière : il sera mon témoin, mon carnet de bord visuel pour les deux semaines à venir.

Notre guide ne perd pas de temps en politesses. Son avertissement claque, sec et sans appel : « Surtout, tu ne dépasses jamais les panneaux Danger Ours Polaire. Si tu tiens à ta vie, ne sois pas en retard : on prend le large à 19 heures. » Le ton est donné. Ici, on ne négocie pas avec l’Arctique.

Longyearbyen, sentinelle austère

J’ai quelques heures pour explorer le village avant l’appareillage. Longyearbyen est une curiosité géographique et humaine : un parc de motoneiges impressionnant, une austérité de bâtiments bas et fonctionnels, héritage direct de la plus grande mine de charbon de Norvège — fermée en 2025, cédant enfin aux injonctions écologiques planétaires.

L’hostilité du lieu me saute au visage dès les premières heures. Quatre mois de soleil continu — mai, juin, juillet, août — puis quatre mois de nuit noire — novembre, décembre, janvier, février. Un vertige rien qu’à l’évoquer.

Mais l’image qui me marque le plus, c’est la cour de l’école. Grillagée sur tout son périmètre, une dizaine de mètres de haut, des panneaux interdisant formellement de filmer ou photographier les enfants à l’intérieur de cette enceinte sécuritaire. Ici, la présence de l’ours polaire n’est pas un folklore touristique. C’est une menace quotidienne, tangible, qui façonne jusqu’à l’architecture d’une cour de récréation.

 

L’équipage : quatre visages, une même exigence

Après quelques pérégrinations géographiques et gustatives dans le village, je regagne le navire. C’est l’heure de faire connaissance avec l’équipage — et quel équipage.

La capitaine, chevronnée, navigue depuis vingt ans en alternance : l’été en Arctique, l’hiver en Antarctique. Les tempêtes et les icebergs n’ont plus aucun secret pour elle.

Le cuisinier, hors pair, allait nous régaler chaque jour pendant la quinzaine — une prouesse quand on sait à quel point les conditions polaires compliquent tout, jusqu’à la moindre cuisson.

Le mécanicien, providentiel, nous a littéralement sauvés lorsque le bateau s’est retrouvé en perdition en pleine mer. Pour l’anecdote : il a réussi à remplacer une durite d’alimentation en huile du moteur… en sectionnant un simple tuyau d’arrosage. De la débrouille pure, digne des meilleurs récits de survie.

Enfin, la guide naturaliste : impliquée, expérimentée, exigeante avec nous — n’ayant qu’une obsession, la sécurité de tout le groupe. Une obsession qui allait s’avérer, à deux reprises, salvatrice.

Deux frayeurs qui disent tout de l’Arctique

Lors de notre sortie en kayak, elle n’a cessé de marteler la même consigne : respecter une distance de sécurité de 300 mètres avec le front du glacier. Heureusement. Car un vêlage s’est produit en direct sous nos yeux — un pan de glace entier s’effondrant dans la mer, générant une vague submersible. Nous nous en sommes sortis in extremis, le cœur battant, mesurant d’un coup la puissance brute de cet environnement.

Seconde alerte, lors de notre dernière ascension : un blizzard nous a soudain enveloppés, effaçant tout repère, nous désorientant complètement. C’est la guide, encore elle, qui nous a ramenés sains et saufs.

Ces deux épisodes résument à eux seuls ce qu’est le Svalbard : un archipel qui ne pardonne rien. Je repense, admiratif, aux autochtones qui vivent ici à l’année, dans une adversité de tous les instants — rappelons qu’au nord de l’archipel, la température moyenne plonge à – 35 °C.

Une faune qui surgit sans prévenir

Entre deux frayeurs, l’Arctique m’a aussi offert ses cadeaux les plus discrets : des rencontres fortuites, jamais programmées, toujours saisissantes. Un souffle de baleine à l’horizon — un rorqual, puis des bélugas glissant en surface, blancs sur fond de mer noire. Un renard arctique furtif, presque fantomatique dans son pelage immaculé. Des rennes, silhouettes robustes broutant à même la toundra, indifférents à notre passage. Chacune de ces apparitions, aussi brève soit-elle, rappelait que nous n’étions que des spectateurs de passage dans un théâtre qui ne nous appartient pas.

Deux objectifs, un goût d’inachevé

Mon premier objectif, je l’ai atteint : franchir la latitude 80°N, symbole s’il en est de la proximité avec le pôle Nord géographique. Une ligne invisible, mais qui change tout dans la tête.

Le second objectif, en revanche, m’a échappé : photographier l’ours polaire. Nous l’avons manqué à plusieurs reprises — parfois à une heure près. La frustration a été réelle, presque physique. Mais c’est précisément le prix à payer pour espérer croiser un animal sauvage dans son propre territoire : rien n’est jamais garanti, et c’est peut-être bien là toute la beauté de la chose.

Un Arctique qui change sous nos yeux

Ce qui m’a également frappé — et inquiété — c’est l’empreinte visible du réchauffement climatique. À cette période de l’année, nous aurions dû croiser des montagnes intégralement enneigées et des icebergs à foison. Ce n’était plus tout à fait le cas. Le décor polaire que l’on imagine depuis l’enfance se dérobe, discrètement mais sûrement, sous nos yeux de voyageurs privilégiés.

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement la Ligue Sud et la FSPN pour leur soutien indéfectible dans cette aventure, et plus particulièrement le président de l’AS CRS 60, le Major Didier RUDIVER et le Commandant Jean-Marc MOREL, commandant la CRS 60 et Président d’Honneur de l’AS CRS 60, sans qui cette expédition n’aurait pas eu le même souffle.

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